Il paraît qu'à Paris on va recencer les SDF, mon "clochard" est de ceux qui  refusent  et qui préfèrent...la Solitude

 

Le cri du clochard

 

Un  soir, sur l’avenue, un clodo aviné,

Le point levé au ciel, insultait Jupiter..

Il insultait aussi tous les dieux de l’Olympe,

Parfaitement indifférents.

Je vous prends à témoins, criait l’iconoclaste,

Ma vie, messieurs les dieux, n’est qu’une longue traine,

Vous avez mis en moi, le désordre et la haine.

Mais, je comprends votre silence,

Il est signe avéré, de votre obsolescence.

Et maintenant, sans vous, je m’en vais vivre, seul.

Emue par ce discours

Une jeune apprentie de l’Armée du Soleil

Lui dit d’une  voix douce et pleine d’indulgence,

-Je comprends mon ami, ta rage et ta colère,

Si  les dieux tout là-haut, n’entendent pas ta voix,

Moi, j’ai entendu ta prière.

Tu n’es plus seul, ami,  notre organisation,

Va prendre soin de toi, et la nuit et le jour,

De ton ancienne vie, oublie donc  les sévices,

Consacre la nouvelle à l’amour.

Il te faudra, bien sûr, rendre légers services,

Car la vie en commun, a quelques  servitudes,

Dont tu as perdu l’habitude.

Le clodo arrêté dans son discours, confus,

Lui répond, presque détendu :

-Je la connais ta ritournelle

Petite, et pour ça, j’ai déjà donné.

Ce n’est pas toi, ma jouvencelle,

Qui me tirera du pavé.

-Il te suffit, insiste-telle,

De faire un tout petit effort,

Tu verras qu’il est bon, de maîtriser son sort..

-Tu te moques de moi, beau soldat à jupette,

Le refrain que tu chantes, je le connais par cœur,

Et j’ai depuis longtemps, renoncé au bonheur.

Laisse-moi donc, au ciel, crier le désarroi,

D’un minable sans foi ni loi,

Le cri de son  humanité.

Si ce soir, en Olympe, les dieux devenus sourds

N’ont pas écouté mon discours,

C’est que le ciel est vide, et qu’ils l’ont déserté.

Moi, je reste sur terre, avec toute ma rage,

Je ne veux pas tourner la page,

Et mon cri, répondra à leur éternité.

Julien SABBAN

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