La dictature de…l’Emotion

 

« Quand le cœur a parlé, il est inconvenant que la raison invoque quelques objections »

Cette remarque de M. Kundera, convient parfaitement à l’espèce de happening sentimental auxquels se livrent les médias, mais aussi, hélas, nos politiques.

Regardez Monsieur  Obama  pleurer devant les caméras, après l’attentat du 13 novembre, regardez Mme Merkel  émue aux larmes, devant le cadavre d’une petite fille sur une plage de  Grèce  voyez  tous ces Chefs d’Etat, unis dans le même frisson, ils ont  communié avec les foules qui font l’Opinion, c’est attendrissant, et c’est, pour eux comme pour nous, dans un grand moment de fraternité humaine, très… émouvant.

Je sais bien que cette unité dans le « sentiment » ou d’ailleurs, « le ressentiment », nous conforte dans notre désir de confraternité voire de co-fraternité, faut dire que, ce faisant,  chacun de nous se trouve…allons … un peu dédouané de sa responsabilité, et merci à cette responsabilité, collective, qui nous épargne ainsi,  bien des cauchemars

Or, cette façon de lire le quotidien de nos vies, nous fait perdre le peu de raison qui nous reste. L’émotion, c’est beau, c’est parfois bon, mais c’est nuisible dans tous les domaines de la vie sociale et politique, parce qu’elle en oblitère, la raison.

Je pense,  bien entendu, aux mesures à prendre contre les attentats, à celles qui concernent les réfugiés, à toutes les lois, règlements et autres directives concernant notre vie…collective et qui sont actuellement, trop souvent, prises, sous l’empire de… l’émotion

L’émotion, nous le savons,  fait parfois suffisamment  de ravages dans la vie « privée » des gens , pour en rajouter dans la vie publique.

Je conçois que le public puisse trouver  un criminel pyromane  gentil, sympathique, bon soldat du feu, mais que les médias sous prétexte « d’informations » en rajoutent et contribuent ainsi à une sorte de laxisme social tout à fait nuisible au bon fonctionnement de la justice, c’est  un laisser- aller moral, très préjudiciable.

 

J’ai lu dans un journal un titre libellé ainsi : «  Six ans de prison fermes pour dix minutes de pulsion » C’est court et fort, on rit,  mais quand l’on sait qu’il s’agit du viol d’une vieille dame, alors, on ne rit plus. Il reste que celui qui n’a lu que le titre, a l’impression d’une justice,…« Macro »,  parce que là aussi on fait appel à l’émotion, dans la disproportion énorme,  (10 minutes d’égarement et… la Punition)

 

Autre façon de minorer, la faute ou le délit d’une personne, c’est dire du délinquant  qu’il s’agit d’un « Jeune Adulte », ainsi, le voilà…moins responsable.

J’ignore l’âge de notre délinquant mais la loi a prévu tout cela, pourquoi alors minorer sa faute par une…émotion. Et que penser alors d’un « vieil adulte » braquant une pharmacie ? Le seul responsable serait donc celui qui n’est ni jeune, ni vieux mais…adulte !!!

On nage dans l’absurde.

Je pourrais multiplier les exemples, que tout un chacun connaît, mais à quoi bon.

Ce que je veux souligner ici,  c’est que,  perdre son  sang froid, son « self control », se laisser, dans tout jugement, guider par l’émotion et reléguer ailleurs, loin, très loin, …la raison, devient très préjudiciable pour toute  la société et les citoyens que nous sommes. Il nous faut tous raison garder !

Il faut aussi, que chacun de nous, prenne conscience de ce hiatus, nous devons tous aider à mettre un terme à cette Dictature de l’Emotion, sous peine de vivre tous, ensemble,  dans un charivari… invivable.

Le Vieil Obs